Au sud de la France, dans une vallée de l’arrière pays Audois, un couple d’éleveurs ovin, a développé en toute discrétion des techniques d’une agriculture pas comme les autres. Pensée à l’origine comme une agriculture soutenable, la permaculture, telle que la pratiquent Andy et Jessie Darlington, est un système d’ingénierie complexe inspiré des écosystèmes naturels. Cette science appliquée mêle des techniques d’agronomie et de paysagisme dans le but de développer des lieux de vie écologiques et équitables. Chaque technique employée par le couple de fermier rivalise toujours plus d’ingéniosité et de créativité. Cette inspiration, les Darlington ont décidé de la transmettre. C’est ainsi qu’ils ont contribué à la création d’un réseau de formation aujourd’hui en pleine expansion.

“ Une révolution déguisée en jardinage ”

Dans leurs pas, une nouvelle génération de permaculteurs participe à ce mouvement. Pascal Depienne s’est installé dans le Poitou avec sa compagne. Il y a conçu une des rares fermes en permaculture autonome. Au coté d’Andy et Jessie Darlington, Eric Escoffier ou Steve Read, Pascal donne des outils à ceux qui souhaitent développer leur autonomie ou améliorer leur installation agricole. Quand d’autres suivent la voie de l’agriculture conventionnelle et de la société de consommation, certains font le choix de la permaculture. Jean Étienne, Louise et Hugo sont de ceux qui souhaitent s’approprier ce nouvel art de vivre et apporter des solutions concrètes aux dérèglements climatiques et sociaux. Ils ont quitté la ville et son rythme effréné pour redécouvrir le lien qui les unit à la terre…

Plusieurs générations se sont transmises les valeurs et les savoirs de la permaculture. À l’heure programmée de l’effondrement des écosystèmes naturels, une lutte est engagée pour assurer cette transmission, proposer une nouvelle vision du monde et offrir une alternative crédible. Mais cette nouvelle interprétation du monde se fera contre les préjugés, les écrans de fumée et les filtres que le monde contemporain nous impose. L’ « ère permacole » serait-elle en marche ?

“ Échanger le port usb pour la pioche ”

Été 2014. Quand je retrouve mon ami Clément Fleith dans l’Aude, pour aller visiter la ferme d’un couple de permaculteur, j’ai le sentiment que nos trajectoires se sont éloignées : je travaille à Paris comme technicien audiovisuel, Clément, lui, revient d’un voyage en Australie où il a pratiqué le wwoofing dans des fermes écologiques… Et pourtant, quelques mois plus tard, nous traversons ensemble une expérience humaine très intense : un « cours de design en permaculture », deux semaine d’apprentissage sur le fonctionnement des écosystèmes où les valeurs de partage et d’humanité prennent enfin sens. Au-delà des savoirs échangés, Andy et Jessie Darlington, les deux formateurs, insufflent une forte énergie entre les membres du groupe; il s’agit là d’autonomie, de résistance, et de pouvoir d’agir…

Et c’est pour mieux comprendre ce qui se jouait à ce moment-là, dans cet espace de réflexion et de liberté, que j’ai eu le désir de parcourir tout le pays, de rencontrer tant de gens, permaculteurs, initiés et apprentis pour faire un film qui questionnerait notre relation à la terre et aux hommes. Ces personnes que j’ai filmé, jour après jour, inventent et expérimentent des alternatives de vie. Sans forcément se connaître, ils cultivent des pratiques et des philosophies qui s’enrichissent les unes au contact des autres. Avec ce film, je montre que chaque personne fait partie de la solution et que tout le monde peut être acteur du changement. Ce film est une tentative de révéler des alternatives concrètes qui donnent à voir une autre perception de la réalité. Comme la permaculture, l’idée n’est pas de lutter contre, mais pour le monde !