Un chercheur intègre l’équipe de coordination nationale

La coordination IC France, consciente de l’enjeu de renouveler sa gouvernance, a souhaité être accompagnée par un chercheur en sciences sociales, Vincent Berthelot, de l’université Paris-Dauphine. Vincent s’intéresse au développement des communautés qui se forment au sein des organisations. Souvent peu prises en compte dans la manière dont ces organisations sont gérées, elles sont pourtant essentielles à leur fonctionnement. Vincent mène ainsi une recherche-action au sein de plusieurs structures, dont les Incroyables Comestibles, qui aspirent à davantage s’appuyer sur la vitalité de ces communautés internes. Ce dispositif de recherche nous permet de bénéficier de son expérience pour relancer la dynamique du réseau mais aussi de co-développer des connaissances, modes alternatifs de gouvernance et de gestion, qui pourront inspirer d’autres structures.

 

Quelques mots sur sa conception d’une communauté

Vincent considère qu’une activité collective, qui répond aux besoins d’un groupe, permet le développement d’une communauté car elle permet le développement d’une volonté et d’un intérêt communs reposant sur des symboles, des récits, des habitudes, des croyances et des valeurs partagées. Mais pour mener cette activité collective, il faut aussi l’organiser. Sans organisation pas de communauté, car pas de possibilité d’agir ensemble et donc de donner chair à des aspirations communes, qui, ne pouvant s’exprimer, cessent de se développer. Mais à contrario, sans communauté pas d’organisation, car il faut un minimum d’intérêt et de volonté communs pour tenir ensemble. Ainsi, autour de toute activité collective se développe plus ou moins ces deux aspects de la vie sociale que sont la communauté et l’organisation.

Or, l’activité évolue de manière partiellement incontrôlée. Nous constatons cette évolution lorsque nous sommes confrontés à des situations d’échec et de perte de sens. Ce qui marchait hier ne fonctionne plus forcément aujourd’hui, ce qui faisait sens hier n’a plus de sens aujourd’hui. Ainsi, aussi bien l’organisation que la communauté sont fragilisées, plus ou moins profondément, par ces situations de doute. Mais ce doute indique un besoin, un manque, en creux, des valeurs auxquelles nous tenons et qui peuvent motiver le fait d’agir ensemble. Ainsi bien que menaçantes, ces situations sont des occasions pour réajuster l’organisation et approfondir la communauté autour des problèmes d’aujourd’hui.

Dans cette optique, les problèmes liés à l’activité qui surgissent gagnent à être abordés comme des chemins pour rechercher des solutions mais aussi faire grandir la communauté. Il arrive que nous privilégiions une dimension plus qu’une autre : répondre au comment et apporter des solutions sans vraiment passer par la construction collective du sens des solutions (dimension organisation privilégiée sur la dimension communauté) ; construire une vision partagée du problème sans véritablement apporter de solutions concrètes (dimension communauté privilégiée sur la dimension organisation). Or ce n’est qu’en avançant sur les deux dimensions que les solutions seront véritablement appropriées, perçues comme des solutions, et qu’une vision partagée pourra émerger à partir d’une confrontation à la réalité de l’activité. Cette démarche collective, visant à partir de problèmes concrets à questionner ensemble notre manière de penser et notre manière de faire et à les réajuster, est au cœur de ce projet de recherche-action.

 

Quels liens avec les Incroyables Comestibles ?

Les Incroyables Comestibles sont un ensemble de groupes locaux, soudés par des activités, un sens partagé mais aussi des manières concrètes de s’organiser propres à chaque groupe. Malgré la vitalité locale, au niveau national la coordination se cherche. Quel est son rôle ? Comment attirer davantage de personnes au service du réseau ? Quelle organisation pour coordonner un mouvement citoyen ?

Nous pensons que les difficultés rencontrées par la coordination nationale sont des occasions pour approfondir ces questions et réinventer une organisation (gouvernance, règles de fonctionnement…) plus adaptée à la réalité du mouvement des Incroyables Comestibles. Plus profondément nous sommes convaincus que la coordination ne peut être utile que si émerge, au niveau national, une communauté de personnes soucieuses de se fédérer pour adresser des enjeux auxquelles le niveau local ne saurait répondre. Au travers de son projet de recherche, Vincent nous permet de ne pas dissocier organisation et communauté mais de chercher ensemble à construire une gouvernance véritablement au service des communautés.